Tombeau de saint Front
Cathédrale Saint-Front de Périgueux · Périgueux, Dordogne
La cathédrale de Périgueux porte le nom de l'évangélisateur du Périgord dont le tombeau a fait naître la ville, mais elle ne conserve plus aucune relique corporelle : celles-ci ont été enlevées lors du sac huguenot de 1575 et jetées dans la Dordogne. Il ne subsiste que le lieu de mémoire, le clocher roman élevé au-dessus de l'emplacement du tombeau, et quelques éléments sculptés dispersés au musée d'Art et d'Archéologie du Périgord.
Ce que l'on voit
Il n'y a rien à vénérer sous forme de reliquaire dans la cathédrale. Ce qui se voit est un lieu et son architecture : la vieille église latine adossée à la coupole ouest, l'emplacement de la crypte de Saint-Front aujourd'hui disparue, et de part et d'autre les deux chapelles anciennes, l'une du VIIe siècle devenue chapelle Saint-Jacques, l'autre du IXe siècle, que l'association des Amis de la cathédrale décrit comme des confessions destinées à recevoir un corps ou des reliques, sans qu'on sache avec certitude si elles ont jamais eu cet usage. Le clocher du XIIe siècle, seul élément que la cathédrale ait conservé de son état d'origine, a été construit au-dessus du tombeau. Au musée d'Art et d'Archéologie du Périgord sont conservés des fragments sculptés provenant de l'édifice, dont un ange à nimbe rehaussé de verre bleu vitrifié rattaché avec vraisemblance au tombeau du saint. Un vitrail du mur sud figure le tombeau tel qu'on l'imaginait.
Son histoire
La place de la Clautre a servi de nécropole dès le début du IVe siècle, et c'est probablement cette fonction funéraire qui a entraîné l'invention des reliques de saint Front au VIe siècle, à l'origine du Puy-Saint-Front et donc de la ville. Les restes furent déposés en 845 dans une crypte sous l'église de l'évêque Chronope, puis un sépulcre neuf fut élevé en 1077 par Guinamond, moine de l'abbaye de La Chaise-Dieu : un monument rond à sommet pyramidal, orné de mosaïques, de pierres, de verres colorés et de lames de cuivre dorées et émaillées, placé derrière l'autel du chœur ; les reliques y furent replacées en 1463. Ce sépulcre fut rompu et démoli en 1561 par les protestants conduits par le seigneur de Caussade. En 1575, les huguenots venus de Bergerac assiégèrent Périgueux, pillèrent l'église et emportèrent les reliques de saint Front, qui furent jetées dans la Dordogne, aux environs de Tiregand ; le trésor fut dispersé, une bonne partie du mobilier détruit, et l'édifice abandonné six années durant. Saint-Front ne devint cathédrale qu'en 1669, en remplacement de Saint-Étienne-de-la-Cité, elle-même ruinée par les guerres de Religion.
La biographie de saint Front relève pour l'essentiel de la légende hagiographique : une Vie rédigée au Xe siècle et attribuée au chorévêque Gauzbert le fait disciple de saint Pierre, tandis que la tradition locale en fait le premier évêque de Périgueux. Le dossier matériel est nul depuis 1575 : les reliques ont été volées puis jetées dans la Dordogne, et non brûlées, selon les sources locales et l'historiographie de l'édifice. Parmi les objets perdus lors de ce pillage figurait, selon les inventaires anciens, une relique gazeuse invraisemblable dite « l'éternuement du Saint-Esprit », conservée dans une fiole alors brisée, détail qui donne la mesure du crédit à accorder à l'ancien trésor. La restauration menée par Paul Abadie entre 1852 et 1895, qui a conduit à démonter puis remonter pierre à pierre presque toute la cathédrale, à uniformiser les cinq coupoles et à détruire la chapelle Saint-Antoine du XIVe siècle, a effacé une part de ce qui restait de l'état médiéval ; seul le clocher du XIIe siècle, élevé au-dessus du tombeau, a échappé à la reconstruction, une commission ayant écarté après la mort d'Abadie son projet de le démolir et de le rebâtir. Les cryptes du XIIe siècle n'ont pas été modifiées.
Depuis quand elle est là
Le culte du tombeau est attesté dès le VIe siècle par l'invention des reliques sur la nécropole du Puy-Saint-Front, et le pèlerinage est documenté jusqu'à la destruction du sépulcre en 1561 et à la disparition des reliques en 1575. Depuis cette date, aucune relique corporelle de saint Front n'est attestée dans la cathédrale.
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