Terre de Saints
Chef Yves Hélory de Kermartin

Chef de saint Yves

Cathédrale Saint-Tugdual · Tréguier, Côtes-d'Armor

La cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier conserve le crâne de saint Yves, appelé le chef, séparé du reste du corps dès la canonisation de 1347 et placé alors dans un reliquaire. Le tombeau monumental qui abritait le reste des ossements a été mis en pièces en 1794 ; celui que l'on voit aujourd'hui est une reconstitution inaugurée en 1890.

Ce que l'on voit

Deux choses sont à distinguer dans la cathédrale. D'un côté le chef, relique osseuse conservée dans un reliquaire d'orfèvrerie et gardée hors de la vue du public la plus grande partie de l'année. De l'autre le tombeau, œuvre du XIXe siècle élevée dans la chapelle du Duc, au nord, là où Jean V avait voulu être enseveli auprès du saint : un gisant de marbre de Carrare sur un soubassement de pierre de liais et de kersanton. Le tombeau est un monument commémoratif, il n'abrite pas de corps intact.

Son histoire

Yves Hélory de Kermartin, official de l'évêque puis recteur de paroisse, avocat réputé des pauvres, meurt le 19 mai 1303 et est enseveli dans la cathédrale de Tréguier, où son tombeau attire aussitôt les pèlerins. Clément VI le canonise en 1347 et fait procéder à l'exhumation la même année : le chef est mis à part dans un beau reliquaire, le reste des ossements est déposé dans un tombeau de pierre blanche fondé le 7 octobre 1420 par le duc Jean V de Bretagne, en accomplissement d'un vœu fait pendant sa captivité. En 1793, des officiers municipaux de Tréguier, dont le maire Louis Le Creiou, enfouissent les reliques pour les soustraire aux destructions ; elles resteront huit ans en terre. En mai 1794, le bataillon d'Étampes saccage la cathédrale devenue temple de la Raison et met en pièces le tombeau de saint Yves comme celui de Jean V. Le 28 avril 1801, les reliques sont exhumées et authentifiées : on retrouve le chef et le bras gauche, avec des reliques de saint Tugdual et de saint Mandé, dans deux boîtes, l'une de plomb, l'autre de bois. En 1820, elles passent dans une châsse enrichie par Mgr Hyacinthe-Louis de Quélen, portant les inscriptions Sancti Yvonis Confessoris et Anno MDCCCXX. Le tombeau est refait au XIXe siècle : Mgr Bouché lance une souscription le 19 mai 1883, l'architecte Désiré Devrez en donne les plans, Jean-Marie Valentin sculpte le gisant de marbre de Carrare présenté au Salon de 1888, et le monument est inauguré du 7 au 9 septembre 1890.

Ce que l'on sait de son authenticité

Le lieu ne prétend pas conserver un corps entier. Le tombeau de 1420 a été détruit en mai 1794 et sa reconstitution de 1890 est une œuvre neuve, voulue comme un geste de réparation, non un monument médiéval. Ce qui a survécu, ce sont les reliques enfouies en 1793 par les édiles de la ville, exhumées et reconnues le 28 avril 1801 : le chef et le bras gauche, mêlés à d'autres reliques dans deux boîtes. Le crâne a fait l'objet d'une intervention de conservation le 20 août 1897, deux bains à l'alcool et aux huiles essentielles, après qu'un développement de moisissures signalé en août 1896 eut inquiété le chapitre ; l'expertise fut confiée au docteur Guermonprez, de l'Université catholique de Lille. Les sources consultées ne signalent ni masque ni figure de cire, et ne datent pas de reconnaissance canonique postérieure à 1801.

Depuis quand elle est là

La sépulture à Tréguier est documentée depuis 1303 et la mise à part du chef depuis 1347. La conservation actuelle repose sur le procès-verbal d'authentification du 28 avril 1801 et sur la châsse de 1820 ; le tombeau visible est daté de 1890.

Le reliquaire

Châsse d'orfèvrerie de 1820, enrichie par Mgr Hyacinthe-Louis de Quélen, portant l'inscription Sancti Yvonis Confessoris d'un côté et Anno MDCCCXX de l'autre. Le tombeau qui l'accompagne dans la cathédrale est celui de 1890, architecte Désiré Devrez, gisant de marbre de Carrare par Jean-Marie Valentin.

La voir

Le chef ne sort qu'une fois l'an, pour la procession du Grand Pardon de saint Yves, le troisième dimanche de mai, qui part de la cathédrale et gagne Minihy-Tréguier, village natal du saint ; en 2026 la messe est fixée au dimanche 17 mai à 10h. La dévotion du saint aux pauvres et aux plaideurs sans ressources vaut couramment à ce pardon le nom de Pardon des Pauvres, appellation d'usage que les sources consultées n'attestent pas comme dénomination officielle. Hors procession, la cathédrale se visite librement.

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