Terre de Saints
Chef Jean-Baptiste

Chef de saint Jean-Baptiste

Cathédrale Notre-Dame d'Amiens · Amiens, Somme

La cathédrale d'Amiens conserve dans son trésor ce qu'elle présente comme la face antérieure du crâne de saint Jean-Baptiste, rapportée de Constantinople en 1206. La relique est protégée par un bloc de cristal de roche ancien, monté dans un reliquaire d'orfèvrerie refait au XIXe siècle.

Ce que l'on voit

On voit un fragment osseux correspondant à la partie avant d'un crâne humain, os frontal et maxillaire supérieur, sans mâchoire inférieure. Il repose sur un plat d'argent doré et reste entièrement visible sous un bloc de cristal de roche taillé en cabochon, lui-même serti dans un masque d'orfèvrerie. Une entaille est visible au-dessus de l'orbite gauche ; la tradition la rapporte à un coup porté par Hérodiade, sans que cette lecture soit établie autrement que par le récit. La relique est présentée dans la chapelle Saint-Jean du Vœu, aménagée au début du XVIIIe siècle pour cet usage.

Son histoire

Le 8 septembre 1206, pendant les vêpres, le chanoine picard Walon de Sarton met la main sur plusieurs reliquaires dans l'église du monastère Saint-Georges des Manganes à Constantinople, ville mise à sac par les croisés en avril 1204 ; il brise le plat d'argent qui enferme la face et emporte celle-ci. Il embarque pour Venise le 30 septembre 1206, regagne la Picardie, et le 17 décembre 1206 l'évêque Richard de Gerberoy reçoit la relique dans sa cité épiscopale. Le culte devient l'un des plus fréquentés du royaume et attire les rois, de Louis IX en 1264 jusqu'à Louis XIV enfant. Au XVe siècle, la relique reçoit un reliquaire d'or massif pesant dix-huit marcs, soit environ 4,4 kg. Pendant la Révolution, la cathédrale devient temple de la Raison et le reliquaire d'or part à la fonte ; seuls la relique et le cristal de roche sont sauvés grâce au maire d'Amiens Louis Alexandre Lescouvé. Le cristal, légèrement brisé à cette époque, retrouve une monture en 1876.

Ce que l'on sait de son authenticité

Le diocèse et le trésor présentent la pièce comme la face de saint Jean-Baptiste sans en garantir l'authenticité. Un examen conduit en 1959 à la demande de l'autorité diocésaine avait conclu, sur des bases radiologiques, à un crâne d'homme de 30 à 35 ans, ayant vécu dans une fourchette très large et originaire de Palestine ; ces conclusions restent celles d'une expertise ancienne. Une étude pluridisciplinaire a été lancée pour les 800 ans de la cathédrale par l'Institut Faire Faces, dirigé par le professeur Bernard Devauchelle, avec scanner, reconstruction 3D, datation par le carbone 14, analyses génétiques et isotopiques, et comparaison avec la mandibule vénérée à Verdun ; le projet a été retardé par la crise sanitaire et les sources consultées n'en publient pas les résultats. Le reliquaire médiéval a disparu à la Révolution : ce que l'on voit aujourd'hui est une monture de 1876 autour d'un cristal ancien et de la relique elle-même. D'autres sanctuaires revendiquent tout ou partie du chef du Précurseur, en particulier la basilique San Silvestro in Capite à Rome, qui tient sa revendication d'une donation pontificale ; les papes ont pourtant demandé à Amiens un fragment de ce qu'ils tenaient pour le vrai chef. Aucun arbitrage n'est possible en l'état.

Depuis quand elle est là

La présence de la relique à Amiens est documentée à partir du 17 décembre 1206, jour de sa réception par l'évêque Richard de Gerberoy, et n'a pas été interrompue depuis, sauf pendant sa mise à l'abri révolutionnaire.

Le reliquaire

Reliquaire réalisé en 1876 par l'orfèvre parisien Placide Poussielgue-Rusand (1824-1889) : plat et masque d'argent doré, émaux, pierres semi-précieuses serties en bâtes, autour du bloc de cristal de roche ancien conservé depuis le Moyen Âge. L'orfèvre s'est appuyé sur une gravure de 1665 pour reproduire en émail l'aspect du reliquaire médiéval fondu. Le bloc de cristal de roche est plus ancien, mais sa datation varie selon les sources, du IXe ou Xe siècle au XIVe. L'ensemble est classé au titre objet depuis le 27 mars 1998 et a été restauré en 2020 par Déborah Panaget et Aude Lafitte ; le cristal est fêlé mais entier.

La voir

Deux périodes d'ostension annuelles dans la chapelle Saint-Jean du Vœu : du 24 juin, nativité de saint Jean-Baptiste, au 25 septembre, puis du 17 décembre, anniversaire de l'arrivée de la relique à Amiens, au 2 février. Le trésor de la cathédrale est ouvert au public par le Centre des monuments nationaux depuis 2016.

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