Terre de Saints
Corps saint Odile de Hohenbourg

Tombeau de sainte Odile

Monastère du Mont Sainte-Odile (Hohenbourg) · Ottrott, Bas-Rhin

Le monastère du Mont Sainte-Odile conserve, dans la chapelle qui porte son nom, un sarcophage de pierre du VIIIe siècle présenté comme le tombeau d'Odile, fondatrice et abbesse de Hohenbourg. Il contient les ossements qui lui sont attribués, revenus à leur place en 1800 après avoir été soustraits aux révolutionnaires.

Ce que l'on voit

Le sarcophage est taillé dans le calcaire, la cuve trapézoïdale, plus étroite du côté des pieds, coiffée d'un couvercle bombé décoré de lignes incisées rehaussées de rouge. Une petite ouverture rectangulaire est visible sur un côté : elle correspond au prélèvement opéré au XIVe siècle. Il se trouve dans la chapelle Sainte-Odile, à droite de l'autel, à l'emplacement même où la tradition situe la sépulture d'origine, et se voit librement pendant les heures d'ouverture du sanctuaire.

Son histoire

Odile, fille du duc Étichon-Adalric, naît vers 660 à Obernai et meurt à Hohenbourg un 13 décembre, vers 720 ou 722 ; son corps est déposé dans un sarcophage de pierre au VIIIe siècle. Le 4 mai 1354, l'empereur Charles IV fait ouvrir la cuve et prélève l'avant-bras droit pour la cathédrale de Prague, quelques phalanges étant en outre distribuées aux assistants. Le monastère traverse ensuite l'incendie de 1546, qui détruit les bâtiments mais épargne les tombeaux, le pillage des troupes de Mansfeld en 1622 et l'abandon consécutif à la guerre de Trente Ans. Le sarcophage primitif, endommagé, avait été remplacé en 1696 par un monument plus orné dû au sculpteur Fransin, brisé plus tard par les révolutionnaires. En novembre 1793, les reliques sont secrètement enlevées et mises à l'abri ; quand l'agent révolutionnaire Daniel Stamm force le sarcophage le 14 août 1794, il le trouve vide. Récupérées par le chanoine Rumpler le 23 avril 1795 et cachées à Ottrott, elles regagnent le tombeau en octobre 1800 lors d'une cérémonie discrète voulue par le cardinal de Rohan. Une translation solennelle a lieu en juillet 1841, et le sarcophage a retrouvé sa forme d'origine en 1937.

Ce que l'on sait de son authenticité

L'affirmation selon laquelle les reliques n'auraient jamais quitté le lieu demande deux corrections. L'avant-bras droit a été prélevé le 4 mai 1354 pour Prague, avec quelques phalanges, et les ossements ont été soustraits du monastère entre novembre 1793 et octobre 1800, période pendant laquelle ils furent cachés à Ottrott. Ce qui est remarquable, en revanche, c'est qu'ils n'ont jamais été détruits ni dispersés, et qu'ils sont revenus dans le sarcophage d'origine. Une reconnaissance officielle en 1836, avec l'expertise du docteur Sultzer, a conclu qu'il s'agissait des ossements d'un unique squelette de femme, auquel manque précisément l'avant-bras prélevé en 1354. Le sanctuaire présente ces restes comme ceux d'Odile sans en garantir davantage. Le sarcophage est classé au titre objet depuis le 7 mars 2006.

Depuis quand elle est là

Le culte est attesté par des manuscrits des années 900-950, qui donnent déjà la fête au 13 décembre, et le tombeau attire des pèlerins depuis le haut Moyen Âge. Le sarcophage lui-même est daté du VIIIe siècle et n'a jamais changé d'emplacement dans la chapelle.

Le reliquaire

Le sarcophage de calcaire du VIIIe siècle sert lui-même de reliquaire, à l'intérieur de la chapelle Sainte-Odile. Une châsse dorée et vitrée avait été employée pour l'exposition des ossements à partir de 1854 ; le sarcophage a été restitué dans sa forme d'origine en 1937. Il appartient à l'archevêché de Strasbourg, propriétaire du mont depuis le XIXe siècle.

La voir

Le tombeau est accessible en permanence dans la chapelle Sainte-Odile, aux heures d'ouverture du sanctuaire. Le grand rendez-vous est la fête de sainte Odile, le 13 décembre en Alsace, qui rassemble chaque année une foule de pèlerins et constitue le principal événement religieux du mont ; le calendrier romain la fixe au 14 décembre. Une visite guidée du sanctuaire est proposée sur réservation.

Toutes les reliques