Terre de Saints
Relique de la Passion Jésus-Christ

Le Saint Suaire de Cadouin

Abbaye de Cadouin · Le Buisson-de-Cadouin, Dordogne

Linge vénéré pendant plus de sept siècles comme le suaire ayant enveloppé la tête du Christ, et identifié en 1934 comme un tissu fatimide de la fin du XIe siècle. Il est conservé à l'abbaye de Cadouin, en Dordogne, où un fac-similé est présenté au public.

Ce que l'on voit

Un voile de lin orné de bandes décoratives brodées portant des inscriptions arabes en écriture coufique. Ces bandes, longtemps prises pour un décor ornemental, sont en réalité un texte lisible : c'est leur déchiffrement qui a permis de dater l'objet. Le tissu est considéré par les spécialistes comme une pièce fatimide d'une rareté exceptionnelle, ce qui lui confère aujourd'hui une valeur d'histoire de l'art textile.

Son histoire

La tradition rapporte que le linge fut rapporté de Terre sainte après la première croisade. L'abbaye cistercienne de Cadouin, fondée au début du XIIe siècle, l'acquiert entre 1201 et 1214, la première mention documentaire étant un acte de Simon IV de Montfort daté de 1214. Le suaire fait de Cadouin un lieu de pèlerinage majeur, situé sur un chemin de Compostelle, et attire pendant des siècles des foules considérables lors des grandes expositions de septembre. En 1934, à la demande du père jésuite Francez, les inscriptions sont examinées, notamment par le directeur du musée copte du Caire, puis en 1935 par l'orientaliste Gaston Wiet. Le verdict est sans ambiguïté : les caractères coufiques invoquent Allah et désignent un tissage réalisé sous le calife fatimide al-Musta'li, qui règne de 1094 à 1101, et son vizir al-Afdal. Le linge est donc postérieur d'un millénaire aux faits qu'il était censé attester. L'évêque de Périgueux met fin au pèlerinage la même année, décision rare et assumée publiquement.

Ce que l'on sait de son authenticité

Le dossier est ici tranché par la science, et dans un sens négatif : l'étude épigraphique de 1934 et 1935 établit que le tissu est une production fatimide d'Égypte de la toute fin du XIe siècle, tissée sous al-Musta'li et son vizir al-Afdal, et non un linge funéraire du Ier siècle. L'autorité diocésaine en a tiré les conséquences en supprimant le pèlerinage dès 1934. La relique reste une pièce d'histoire de première importance à double titre : comme témoin exceptionnel du textile fatimide, dont très peu d'exemplaires intacts sont connus, et comme document sur la piété médiévale occidentale, capable de vénérer sept siècles durant une étoffe ornée d'une invocation musulmane sans la comprendre.

Depuis quand elle est là

La présence à Cadouin est documentée depuis 1214 par un acte de Simon IV de Montfort, l'acquisition se situant entre 1201 et 1214.

La voir

L'original n'est plus présenté en permanence, une exposition prolongée à la lumière dégradant le tissu. Depuis 2012, un fac-similé est exposé au public à l'entrée du cloître de l'abbaye, ouvert à la visite.

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